Blogue

Les Incroyables Comestibles, une belle façon de se donner des moyens !

Les Incroyables Comestibles, c’est ce beau mouvement devenu international à la suite d’une initiative mise sur pied en 2015 par des résidents de la commune de Todmorden en Angleterre. Cette petite ville anglaise de 16 000 habitants rêvait fort par son désir de devenir autosuffisante sur le plan alimentaire. Incredible Edible Todmorden est maintenant un inspirant succès qui fait boule de neige partout à travers la planète, et la population de cette localité peut fièrement dire qu’elle a atteint une part importante d’autosuffisance en quelques années seulement. Elle a réussi à créer un modèle de collectivité solidaire et éthique basé sur la coopération.

En gros, les Incroyables Comestibles c’est une démarche citoyenne collective, propulsée par des bénévoles qui ont à cœur les principes du partage, l’environnement, leur communauté puis l’autonomie alimentaire et économique. Le principe est simple, planter des fruits, légumes, fleurs et herbes, que du comestible, partout où c’est possible, que ce soit sur des parcelles offertes par les villes et villages, dans des bacs, sur des balcons, sur des terrains privés ou même en façade de commerces. Planter, cultiver et partager ! C’est simple et c’est beau ! Il existe maintenant plusieurs réseaux d’Incroyables Comestibles un peu partout à travers le Québec, dont un dans ma propre ville, depuis deux étés déjà, les Incroyables Comestibles Rivière-du-Nord. Il semble même que les Incroyables Comestibles Victoriaville représentent un très beau modèle sur qui plusieurs Québécois s’inspirent et leurs membres souhaitent que la ville devienne une référence importante au sein du mouvement international.

Comme tout le monde, je regarde les choses aller et je me dis que plus ça va, plus on s’industrialise. Plus les riches deviennent riches et plus les pauvres deviennent pauvres. Plus le temps file, plus ça va vite et moins on se parle. Plus les technologies avancent, moins on connaît nos producteurs et moins la tomate d’été goûte la tomate d’été. Ça fait quelques temps que je me cherche un projet qui rejoint mes valeurs et dans lequel j’aimerais m’impliquer.

Lors des deux dernières saisons estivales, j’ai été enchantée de constater à quel point, en jardinant dans mon humble potager en façade (il est plutôt sur le côté de la maison, mais bon…), j’ai appris à connaître mes voisins. Souvent, quand j’ai les mains dans la terre, les gens approchent et viennent jaser. C’est également agréable de voir à quel point ma famille et mes ami.e.s sont surpris de constater l’abondance que mon conjoint et moi on arrive à générer sur une si petite parcelle de notre terrain. Certaines personnes nous ont même avoué avoir envie de faire la même chose. Je trouve ça l’fun cette espèce de belle contagion ! Et bien honnêtement, quand je tombe sur des lectures comme celle-ci: Le contenu de votre assiette risque de changer avec le réchauffement climatique, je me dis qu’on est en droit de croire que l’espoir passe peut-être maintenant par un ensemble de plusieurs initiatives à échelle humaine et que, plus que jamais, chacun doit tenter de produire un peu de sa propre nourriture.

Tout ça pour dire que mardi soir dernier, par simple curiosité, j’ai décidé de me pointer à l’Assemblée générale des Incroyables Comestibles de la Rivière-du-nord, à St-Jérôme. À la fin de la soirée, complètement motivée et emballée, je me suis dit « faut le faire ! ». Alors, cet été, je serai moi aussi une Incroyable Comestible ! J’aurai le bonheur de partager mon temps, mon petit savoir, ma passion du jardinage et des végétaux avec d’autres bénévoles. Par le fait même, je participerai à divers échanges de contacts humains et d’entraide. J’irai, à quelques reprises pendant la chaude saison, m’enfouir les mains dans la terre pour entretenir et faire pousser le comestible public de ma ville, entre autres, les bacs qui se trouvent derrière le CEGEP, en bordure de la piste cyclable Le P’tit Train du Nord, tout près du Fougère anticafé. J’irai aider les autres membres à produire un peu nourriture (bio!) pour notre communauté, les passants et pour les plus démunis aussi.

Le centre-ville de St-Jérôme est souvent qualifié de désert alimentaire. Ce qui veut dire que pour les gens qui ont des difficultés à se déplacer, l’accès à la nourriture de qualité est plutôt difficile, voire problématique. Oui, il y a le marché public d’été, mais autrement, à d’autres moments, ça reste un défi. Alors je trouve chouette l’idée de s’approprier notre territoire pour faire pousser l’abondance et ensuite, tout à fait gratuitement, se partager les récoltes. C’est une démarche bienveillante qui permet à la fois à plusieurs de croquer dans la fraîcheur, mais aussi, qui est intergénérationnelle et qui peut rejoindre sur un même coin de rue, à travers douze concombres et trois plants de basilic, toutes les tranches de la société. C’est également se donner les moyens, collectivement, de s’éloigner un peu plus d’un système agricole défaillant, chimique, coûteux et pollué. Et disons-le, c’est le gros bon sens de produire soi-même ce qu’on peut produire localement, en circuit court, à moindre coût et avec un peu d’effort de la part de la communauté. Le concept des Incroyables Comestibles c’est aussi une belle invitation à une prise de conscience, un peu comme un contre-projet, une grimace, au système agroalimentaire industriel. C’est la possibilité pour les citoyens, jeunes et moins jeunes, de faire des économies, d’apprendre, de retrouver, peut-être aussi, un sentiment d’utilité en s’impliquant dans le mouvement. Cette année dans ma région, il semble qu’il y aura des bacs qui seront implantés sur le terrain d’une résidence de personnes âgées et d’autres tout près d’un centre qui accueille des gens en processus de réinsertion sociale. C’est donc en partie eux qui entretiendront ces bacs. Je trouve ça vraiment beau ! La terre est généreuse, ensemble, qui que nous soyons, profitons-en !

Et finalement, comme les Incroyables Comestibles c’est la transformation d’espaces publics en zones de partage, mais aussi d’espaces privés, dès cet été, sur une petite partie de notre terrain avant, mon amoureux et moi mettrons à la disposition des voisins et des passants, sur une base occasionnelle, nos surplus de végétaux. Si ça vous dit de faire la même chose, toutes les infos se trouvent ici .

Et si on décidait que le meilleur est à venir, de nous prendre nous-mêmes en mains, de nous réapproprier nos territoires et notre savoir, même à petite échelle?  Si on se donnait les moyens, dans une perspective de développement durable, de créer pour vrai les espaces de vie qu’on voit dans nos rêves? Pas pour enrichir quelques personnes seulement, mais pour enrichir tout le monde. Et parce qu’on sera toutes et tous d’accord pour dire que chacun doit y mettre du sien pour faire progresser l’humanité vers un nouvel équilibre, faisons donc comme à Todmorden, car ici aussi c’est possible.

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde », disait Gandhi.

Bonne saison de jardinage !

Par Marie-Eve Rodrigue